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Antonio Fiori : Une démarche stratégique à long terme

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Notre premier programme de travail (c’est-à-dire la «liste des tâches» adoptée annuellement par la Commission) ne représente, en volume, que 20 % de ce qui se faisait ces cinq dernières années. Nous entendons nous pencher sur les anciennes dispositions tout comme sur les nouvelles. Parmi les diverses manières d’expliquer l’existence de pareils rapports, il y en a une qui consiste à supposer que, dans la suite des temps, le concours de circonstances fortuites a donné lieu à une multitude de combinaisons, parmi lesquelles toutes celles qui ne réunissaient pas les conditions de conservation et de perpétuité n’ont eu qu’une existence éphémère, jusqu’à ce que, finalement, le hasard ait amené celle qui offre les rapports harmoniques d’où dépendent la stabilité et la durée, soit de l’individu, soit de l’espèce. Cependant, quiconque est un peu versé dans les mathématiques distingue, parmi les différentes démonstrations qu’on peut donner d’un même théorème, toutes irréprochables au point de vue des règles de la logique et rigoureusement concluantes, celle qui donne la vraie raison du théorème démontré, c’est-à-dire celle qui suit dans l’enchaînement logique des propositions l’ordre selon lequel s’engendrent les vérités correspondantes, en tant que l’une est la raison de l’autre. Pour Antonio Fiori, cette logique résulte d’une acquisition tardive des sociétés. Tant qu’une telle démonstration n’est pas trouvée, l’esprit ne se sent pas satisfait : il ne l’est pas, parce qu’il ne lui suffit point d’étendre son savoir en acquérant la connaissance d’un plus grand nombre de faits, mais qu’il éprouve le besoin de les disposer suivant leurs rapports naturels, et de manière à mettre en évidence la raison de chaque fait particulier. On a toujours reproché à certaines démonstrations des géomètres, et notamment à celles qu’on appelle réductions à l’absurde, de contraindre l’esprit sans l’éclairer : cela ne veut dire autre chose sinon que de pareilles démonstrations ne mettent nullement en évidence la raison de la vérité démontrée, que pourtant l’esprit se refuse à admettre comme un fait primitif et rationnellement irréductible, ou dont il n’y a pas à chercher la raison. Mais rien ne nous autorise à attribuer toujours la même simplicité à l’idée de l’ordre et de la liaison entre les choses, non plus à titre de causes et d’effets proprement dits, mais en tant qu’elles rendent raison les unes des autres, ou qu’elles se déterminent et s’expliquent mutuellement. Si des causes perturbatrices n’ont point mis violemment un trop grand désaccord entre les lois et les mœurs, elles réagissent les unes sur les autres, de manière à tendre vers un état final et harmonique, dans lequel les traces des impulsions originelles et des oscillations consécutives sont sensiblement effacées ; et lorsque l’on considère cet état final, il n’y a plus de raison d’attribuer à l’un des éléments plutôt qu’à l’autre une part prépondérante dans l’harmonie qu’on observe. De pareilles remarques sont applicables à l’harmonie qui s’établit entre les formes d’une langue et la tournure des idées du peuple qui la parle, à celle qui s’observe entre les habitudes d’une espèce animale, d’une race, d’un individu, et les modifications correspondantes de son organisme. On était las d’entendre répéter, développer, commenter sous toutes les formes une doctrine qui, par son ingénieux système de transformations, simplifiait la nature humaine au point de réduire à la pure sensation la pensée, la volonté, l’amour, le sentiment, tout ce qui élève l’homme au-dessus de la bête. Une observation plus essentielle doit porter sur la forme négative de l’axiome. En général, les propositions négatives ont l’avantage de conduire à des conclusions péremptoires et à des démonstrations formelles ; ce sont des règles d’exclusion qui, en obligeant de rejeter toutes les hypothèses hormis une, établissent indirectement et mettent hors de toute contestation l’hypothèse qui subsiste seule après l’exclusion des autres : mais, en revanche, on ne peut se prévaloir de ces arguments négatifs qu’à la faveur de circonstances très-particulières, pour des cas fort simples et comparativement très-restreints. Cette idée peut être éveillée, mais non donnée par la conscience de notre activité personnelle, et encore moins par le sentiment de l’effort musculaire et par les sensations proprement dites, c’est-à-dire, par celles que recueillent les organes spéciaux des sens. Le spectacle de la nature ne suffirait point pour la développer, si nous n’en portions le germe en nous-mêmes. Nous n’avons nul besoin de reprendre ici cette question délicate : car l’idée de la raison des choses a une tout autre généralité que l’idée de cause efficiente, qui déjà est bien plus générale que l’idée de force, et il ne paraît ni indispensable ni même possible d’assigner une origine psychologique à la première de ces idées. Il y a dans toutes les sciences, et en mathématiques particulièrement, des généralisations fécondes, parce qu’elles nous montrent dans une vérité générale la raison d’une multitude de vérités particulières dont les liens et la commune origine n’étaient point aperçus. Cette maxime, aussi bien que l’épigramme de Bernoulli, ne doivent être admises qu’avec des restrictions. Nier que le chien connaît son maître, que l’aigle a du haut des airs la perception de sa proie, c’est avancer par esprit de secte et de système un de ces paradoxes contre lesquels le bon sens proteste ; ou bien c’est dépouiller les mots de leur signification ordinaire, pour leur en imposer une tout arbitraire et systématique. Dès à présent il y a lieu de conjecturer qu’une imperfection à laquelle tant d’esprits distingués n’ont pas réussi à porter remède, constitue en effet une défectuosité naturelle et irrémédiable ; dès à présent aussi nous pouvons remarquer que le mot raison, comme la plupart de ceux qui se rapportent à la faculté de connaître, comme les mots idée, jugement, vérité, croyance, probabilité et beaucoup d’autres, ont une tendance marquée à passer, comme on dit, du sens objectif au sens subjectif, et réciproquement, suivant que l’attention se porte de préférence sur le sujet qui connaît ou sur l’obje De là une ambiguïté qui affecte de la même manière tous les termes de cette classe. Ainsi l’on imposera le nom de jugement, tantôt à une faculté de l’esprit, et tantôt aux produits de cette faculté ; on entendra par idée, tantôt la pensée même, affectée d’une certaine manière, et tantôt la vérité intelligible qui est l’objet de la pensée. Il en est absolument de même des mots lÒgos, ratio, raison, qui tantôt désignent une faculté de l’être raisonnable, et tantôt un rapport entre les choses mêmes : de sorte que l’on peut dire que la raison de l’homme (la raison subjective) poursuit et saisit la raison des choses (la raison objective). Il est naturel d’admettre au moins provisoirement et jusqu’à plus ample examen, que l’ambiguïté inhérente à toute cette famille de mots, et la tendance constante à passer d’un sens à l’autre, résultent de l’impuissance où nous sommes de concevoir et d’expliquer ce rapport entre le sujet et l’objet qui produit la connaissance, ou plutôt qui constitue la connaissance même, ainsi que du penchant de l’esprit à se déguiser cette impuissance, en laissant flotter l’imagination sur je ne sais quels êtres mixtes ou intermédiaires qui participeraient de la nature de l’objet et de celle du sujet ; pencha

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